Sommaire
Le secteur de la construction traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Baisse d’activité, explosion des défaillances d’entreprises et pénurie de main-d’œuvre : ce décryptage vous aide à comprendre les causes profondes de la crise du BTP et à identifier les leviers de sortie.
La crise du bâtiment et de la construction en France
Depuis 2022, la filière du bâtiment encaisse un choc sans précédent. Permis en chute libre, marges écrasées, entreprises qui ferment : les signaux convergent et confirment une crise structurelle, bien plus large qu’un simple ralentissement conjoncturel.

Une activité du bâtiment en recul
La production du secteur a chuté de 1,2 % en 2023, puis de 6 % supplémentaires en 2024. La baisse s’est poursuivie de 2 % en volume entre le troisième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025. Le chiffre d’affaires global a reculé de 6,6 % en 2024, soit une perte sèche de 12 à 13 milliards d’euros.
- Logement neuf sinistré : le chiffre d’affaires de ce segment a chuté de 22 % en 2024, révélant l’ampleur des difficultés sur ce marché porteur.
- Autorisations en recul : seulement 330 400 logements ont été autorisés en 2024 (-12,3 %), tandis que les permis de construire restent 30 % sous les niveaux d’avant-Covid.
- Mises en chantier insuffisantes : 350 000 logements ont été lancés en 2024, loin des 500 000 nécessaires pour répondre aux besoins structurels de la population française.
- Entretien-amélioration touché : même ce segment majoritaire recule de 1,3 %, preuve que la crise s’étend à l’ensemble de la construction.
Ces chiffres révèlent un problème de fond : la demande s’est effondrée sous l’effet de taux élevés, d’un pouvoir d’achat dégradé et d’incertitudes politiques persistantes depuis 2023. Pour les entreprises qui résistent, la gestion de chantier devient un défi quotidien : il faut préserver les délais, la qualité et la rentabilité malgré une forte pression opérationnelle.
| Indicateur | 2022 | 2023 | 2024 |
| Évolution production bâtiment | — | -1,2 % | -6 % |
| Autorisations de logements | — | — | 330 400 (-12,3 %) |
| Mises en chantier | — | — | 350 000 |
| Baisse CA logement neuf | — | — | -22 % |
| Défaillances d’entreprises | 10 300 | 11 500 | 12 700 |
Les coûts et le crédit dans la construction
La hausse des coûts est l’un des problèmes les plus aigus pour les professionnels du secteur de la construction. L’indice du coût de la construction a progressé de 1,5 %, tandis que les prix de vente reculaient de 1,7 % : les marges sont littéralement écrasées. Au premier trimestre 2025, les coûts de production dépassaient de 25,6 % leur moyenne décennale 2010-2019, une pression difficilement soutenable pour la rentabilité des entreprises.
Pour mesurer l’impact sur vos opérations, il est utile de comprendre le coût d’un intérimaire dans la construction et d’intégrer cette donnée à votre budget de main-d’œuvre. Les taux d’intérêt sont passés de plus de 4 % fin 2023 à environ 3,1 %-3,2 % en juin 2025, mais le crédit reste difficile d’accès : les banques appliquent des critères stricts et la capacité d’emprunt des ménages demeure fragilisée.
À ces contraintes économiques s’ajoutent des obstacles réglementaires. La RE2020 génère des surcoûts et des délais supplémentaires, l’objectif Zéro Artificialisation Nette réduit le foncier mobilisable, et la fin du Pinel a supprimé un moteur clé de l’investissement locatif neuf sans solution de relais immédiate. La rénovation a elle aussi été déstabilisée par la suspension temporaire de MaPrimeRénov’ à l’été 2025. Pour les profils qui souhaitent rejoindre le secteur, des postes restent accessibles, y compris pour un emploi dans le BTP sans expérience préalable, notamment dans l’exécution et la manutention sur chantier.
Défaillances et emploi dans le BTP
Le nombre de défaillances d’entreprises dans le bâtiment suit une trajectoire alarmante : 8 500 en 2021, 10 300 en 2022, 11 500 en 2023 et 12 700 en 2024. Les ouvertures de procédures collectives ont bondi de 24,5 % en un an, faisant de la construction le deuxième secteur le plus touché après le commerce. Les conséquences sur la trésorerie restent sévères, avec des privilèges de la Sécurité sociale en hausse de 50 % fin 2024.
- Emplois détruits : 28 305 postes supprimés dans les entreprises de moins de 20 salariés, ramenant les effectifs à 570 000 salariés dans le BTP.
- Pénurie persistante : 74 % des recrutements ont rencontré de fortes difficultés en 2023 ; 87 % des entreprises signalent des retards de chantier liés au manque de compétences.
- Métiers en tension : maçons (20 010 postes non pourvus), plombiers-chauffagistes (17 620) et électriciens (16 730) figurent parmi les métiers les plus recherchés.
- Perspectives sombres : 12 % des entreprises envisagent des licenciements, contre seulement 7 % qui prévoient d’embaucher. Ce déséquilibre fragilise durablement la gestion des ressources humaines du secteur.
Face à ces défis, des solutions existent pour répondre aux besoins en main-d’œuvre qualifiée. Le rôle des travailleurs roumains dans le BTP est désormais reconnu : maçons, charpentiers, électriciens et soudeurs apportent une expertise technique précieuse, difficile à trouver sur le marché local, ainsi qu’une capacité d’adaptation rapide aux standards français.
La reprise du bâtiment en 2026
Des signaux encourageants sont apparus fin 2025. Sur trois mois à fin octobre, les mises en chantier ont progressé de 23,7 %, les autorisations de construire de 20,8 % et le crédit immobilier neuf de 28,4 %. Relancée, MaPrimeRénov’ a enregistré plus de 95 000 dossiers en six mois, dont 62 000 au deuxième trimestre (+173 %). Le PTZ, rétabli et élargi à tous les territoires du 1er avril 2025 au 31 décembre 2027, redonne de la visibilité aux acquéreurs et aux promoteurs. Plus de 5 milliards d’euros d’aides ont été mobilisés en 2025 pour soutenir la rénovation énergétique des logements et des bâtiments, confirmant la volonté politique de relancer la filière.
La FFB prévoit une reprise de la production du bâtiment de +1,8 % en volume pour 2026, avec un rebond du logement neuf estimé entre +9 % et +11 %. Cette reprise reste fragile : les mises en chantier demeurent en recul de 13,9 % et les permis de construire de 10 % par rapport aux niveaux d’avant-crise. La stabilisation des taux, le maintien des aides et un environnement réglementaire prévisible constituent les trois conditions non négociables d’une sortie de crise durable pour l’ensemble du secteur de la construction.
Foire aux questions
Quel est le principal problème du secteur de la construction en France aujourd’hui ?
Le secteur de la construction cumule plusieurs difficultés : une baisse de la production de 6 % en 2024, des coûts de production supérieurs de 25,6 % à leur moyenne décennale, un accès au crédit restreint malgré la baisse des taux et une pénurie de main-d’œuvre responsable de retards sur 87 % des chantiers. La fin du Pinel, les surcoûts liés à la RE2020 et l’instabilité politique freinent aussi les décisions d’investissement et fragilisent durablement la rentabilité des entreprises.
Quelle est la situation actuelle des défaillances d’entreprises dans la construction ?
La situation est critique. En 2024, 12 700 entreprises du bâtiment ont fermé, contre 11 500 en 2023 et 10 300 en 2022, soit une progression continue sur quatre ans. Les ouvertures de procédures collectives ont bondi de 24,5 % en un an, faisant du secteur de la construction le deuxième secteur le plus touché en France. Le dernier trimestre 2024 concentre à lui seul 30 % des radiations annuelles, tandis que les dettes sociales ont augmenté de 50 % en fin d’année : un signal clair de tensions majeures sur la trésorerie.
Quelles sont les prévisions pour la reprise du bâtiment en 2026 ?
La Fédération Française du Bâtiment prévoit une hausse de la production de 1,8 % en volume pour 2026, principalement portée par un rebond du logement neuf estimé entre 9 % et 11 %. Les premiers indicateurs de fin 2025 sont encourageants : les mises en chantier ont progressé de 23,7 % sur trois mois. Cette reprise reste toutefois conditionnée à la stabilité des taux d’intérêt, au maintien du PTZ et de MaPrimeRénov’, ainsi qu’à un budget public favorable à l’investissement dans le logement et la rénovation énergétique.
Comment la pénurie de main-d’œuvre aggrave-t-elle la crise de la construction ?
La pénurie de main-d’œuvre aggrave fortement la crise : 74 % des recrutements du BTP ont rencontré de grandes difficultés en 2023, et 87 % des entreprises signalent des retards de chantier directement liés au manque de profils qualifiés. Les métiers les plus déficitaires sont ceux de maçon, avec 20 010 postes non pourvus, de plombier-chauffagiste, avec 17 620 postes, et d’électricien, avec 16 730 postes. Cette situation fragilise la gestion des ressources et limite la capacité du secteur à absorber la reprise attendue en 2026.
Quelles solutions existent pour faire face à la pénurie de compétences dans le BTP ?
Face aux difficultés de recrutement, le recours à des travailleurs intérimaires détachés constitue une solution concrète et immédiatement opérationnelle. Les travailleurs roumains apportent notamment une expertise reconnue en maçonnerie, charpente, électricité et soudure, avec une flexibilité adaptée aux missions courtes comme aux missions longues. Leur mobilisation aide à maintenir le rythme du chantier, à respecter les délais contractuels et à maîtriser le coût de la main-d’œuvre.
